« Jaque (armure) » : différence entre les versions

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[[Image:Morgan Bible 10r detail.jpg|thumb|100px|Représentation du {{s-|XIII|e}} d'un jaque ([[Bible de Maciejowski]], fol. 10r).]]
Un '''jaque''' (ou '''jacque, [[gambison]], doublet armant''', voire une jaque, suivant les auteurs) est un vêtement matelassé, ou multicouche, destiné à servir de protection lors d’un combat. Il peut être porté seul (jaque) ou associé à une autre défense (gambison, [[cotte à armer]]).
Les noms de ces différents vêtements sont, en général, associés à une classification moderne et ne correspondent pas aux noms donnés à l’époque de leurs usages.
 
== Ancienneté ==
 
Ce type de défense est très ancien, attesté dès l'antiquité grecque.
 
AuÀ la fin du {{-s|V|e}} les champs de bataille [[Grèce antique|grecs]] furent dominés par les [[hoplite]]s, mais au siècle suivant les armées se sont professionnalisées, avec un apport massif de mercenaires et un allongement des campagnes, passant (de quelques semaines à quelques mois voire quelques années). Les soldats devant voyager loin, ce qui pose des (problèmes de poids des cuirasses, de réparation dedu matériel, et de gêne durant les marches), ont rapidement préféré une défense constituée de plusieurs couches de lin superposées.
À la fin du {{-s|V|e}} les champs de bataille [[Grèce antique|grecs]] furent dominés par les [[hoplite]]s.
 
== Description ==
Au siècle suivant les armées se sont professionnalisées, avec un apport massif de mercenaires et un allongement des campagnes (de quelques semaines à quelques mois voire quelques années). Les soldats devant voyager loin (problèmes de poids des cuirasses, de réparation de matériel, et de gêne durant les marches) ont rapidement préféré une défense constituée de plusieurs couches de lin superposées.
Ce vêtement était porté par les hommes d'armes le plus souvent sous le [[haubert]] de mailles du {{Sp|XII|au|XIV}}. Le gambison était fait de peau ou d'étoffe épaisse de soie. Il était rembourré de filasse ou de coton et piqué. Il y avait des gambisons qui n'étaient que des [[justaucorps]] à manches; d'autres qui descendaient jusqu'aux genoux. Pendant le cours du {{S-|XII}}, la forme et la façon des gambisons se modifient peu et ils sont généralement alors ouverts sur le devant afin de permettre d'endosser ce vêtement très rapidement. Vers fin du {{S-|XII}}, il est souvent fortement rembourré aux épaules, taillé en rond au-dessous du ventre et bouclé sur le devant. Les manches sont serrées, piquées en long et boutonnées du coude au poignet. Le haubert de mailles est alors passé de mode parce qu'il préservait mal des coups de masse et de hache. On le remplace par la [[broigne]], un assemblage en un seul vêtement du gambison et du haubert ou par le gambison seul avec quelques [[Plate (armure)|plates]], [[Cubitière|cubitières]], [[Ailette (armure)|ailettes]].
 
On portait au {{S-|XV}} sous l'armure complète un vêtement de peau ou de toile ou même de soie avec garniture aux épaules sur la poitrine et les hanches pour remplacer l'ancien gambison du {{S-|XIII}}. Ce vêtement se composait de [[Chausse|chausses]] avec haut de chausses et d'un justaucorps long à manches, lacé sur le devant ou sur les côtés. Le justaucorps était renforcé aux aisselles et aux manches de mailles pour couvrir les défauts de l'armure sous les épaules et à la saignée. Sous ce vêtement, le chevalier n'avait que sa chemise<ref>{{Lien web |langue=fr |auteur=Eugène Viollet-le-Duc |titre=Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle/Gambison |url=https://books.google.ca/books?redir_esc=y&hl=fr&id=8m8hAQAAIAAJ&q=gambison#v=snippet&q=gambison&f=false |site= |consulté le=}}</ref>.
 
== Durée d’utilisation ==
 
À la fin du {{s|XIX|eXIXe siècle}}, des militaires anglais eurent de très mauvaises surprises lorsqu’ils durent se battre en corps- à- corps contre des guerriers soudanais protégés par des robes de coton molletonné par de la bourre de coton brute.
 
Au début du {{s|XX|eXXe siècle}}, il y eut plusieurs essais de construction de [[Gilet pare-balles|gilets « pare-balleballes »]] constitués de nombreuses couches de [[soie]] superposées. En général, c’était très efficace contre les couteaux, relativement efficace contre les coups de sabre et totalement inefficace contre les balles.
 
Actuellement, les gilets « pare-balleballes » légers sont souvent constitués de nombreuses couches de tissu synthétique ([[kevlar]] par exemple). Les gilets pare-balles utilisés par les militaires sont quant à eux des gilets tactiques emportant de lourdes plaques d'acier ou de céramique.
 
== Aire de diffusion ==
 
Ce type de protection fut quasi universel.
On le trouve dans l’[[Europe]], depuis l’antiquitél’[[Antiquité]], en [[Civilisation chinoise|Chine]], en [[Inde]] dans la plus grande partie de l’[[Afrique]] et jusqu’en [[Amérique du Sud]] (les [[civilisation maya|MayaMayas]]s et les [[Inca]]s en utilisaitutilisaient une version).
 
== Efficacité ==
 
Relativement efficaces contre les chocs, les jaques pouvaient aussi être efficaces contre les armes tranchantes et les flèches. Tout dépendait de l'épaisseur et de l'assemblage des composants de la défense (au {{XVe siècle}} des jaques d'[[arc (arme)|archers]] pouvaient facilement atteindre les 10dix kilogrammes).
 
[[Louis XI de France|Louis XI]] a essayé d’en réglementer (ordonnance royale) la fabrication pour les [[Franc-archer|francs-archers]] (afin de remplacer les [[broigne]]s) « de peaux de cerf ». Dans son ordonnance il est dit qu'il ''« n'a jamais été vu une demi-douzaine d'hommes tués par des coups de poignards ou des blessures dues à des flèches avec de tels jaques. »''
 
En [[1483]], les soldats du [[Richard d'York|duc de Gloucester]] sont décrits comme portant « Des tuniques confortables rembourrées d'étoupe. Ils disent que plus les tuniques sont souples, plus elles résistent à l'impact des flèches et de l'épée, et que par ailleurs elles sont plus légères en été et plus pratiques en hiver que le fer. »
 
Sous une défense métallique ([[cotte de mailles]], broigne, corselet d’armure), les jaques permettait d’amortir les chocs, et protégeait des flèches (Auau {{s|XV|eXVe siècle}} une flèche ne pouvait pas pénétrer de plus de 1d'un centimètre une armure doublée d’un bon [[gambison]]).
 
'''Nota :''' Les citations sont extraites de ''La ''Vie quotidienne au {{s-|XV|e}}''., Éditionédition Heimdal.
: Une traduction différente de la même ordonnance sera citée dans la partie fabrication et entretien.
 
== Fabrication et entretien ==
 
Extrait d'uneun ordonnancemémoire annoté de [[Louis XI]] concernant la fabrication des jaques (pour les francs-archers)<ref name="brouquet">[https://en.calameo.com/read/003318346b12b378bbcc5 Louis XI au pouvoir (Séance 2)], notes du cours de Sophie BROUQUET, Université du Temps Libre de Tarbes et de Bigorre, d’après les notes de Guy BOISARD et Françoise COMBY, page 10</ref> :
: « Leur faut les jaques de trente toiles d'épaisseur ou, pour le moins, de vingt-cinq, avec un cuir de cerf. Les toiles claires et à demi usées sont les meilleures. Et doivent lesdits jaques être de quatre pièces ; et faut que les manches soient fortes comme le corps. Et doit être l'emmanchure grande, pour que la manche prenne près du collet et non pas sur l'os de l'épaule ; aussi que le jaque soit large sous l'aisselle et bien fourni. Que le collet ne soit pas trop haut derrière pour l'amour de la salade (c’est-à-dire de manière aà ne pas empêcher le jeu de la partie postérieure du casque). Il faut que le jaque soit lacé devant, avec une pièce sous l'endroit qui lace. Pour l'aisance du dit jaque, il faudra que l'homme ait un [[pourpoint]] sans manches ni collet, de l'épaisseur de deux toiles seulement, et qui n'aura que quatre doigts de large sur l'épaule ; auquel pourpoint il attachera ses chausses. De cette façon il flottera dedans son jaque et sera à son aise, car on ne vit jamais tuer personne à coups de main ni de flèche dedans un pareil jaque. »
 
On notera la différence dans la traduction par rapport à l'extrait précédent.
 
Les jaques étaient construits avec les produits courants sur place, tissu de [[coton]], de [[lin cultivé|lin]], de [[soie]], de [[laine]], [[Feutre (textile)|feutre]], [[cuir]], etc.
Pour les bourres : laine, coton, lin, [[crin]] de chevaux et poils d'animaux, etc.
 
Il n'est donc pas possible de donner une « recette » universelle.
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En général, les jaques étaient réalisés par des professionnels. En effet, même s’ils sont plus faciles à réaliser que les broignes, cottes de mailles ou armures, ils demandent un savoir-faire pour garder les qualités recherchées qui sont :
 
* Lala '''solidité''' : Elleelle dépend du type de couture, des tissus, du rembourrage et de la forme du jaque. Par exemple, les jaques rembourrés étaient très compartimentés, de façon à cesorte qu'une coupure ne vide pas le jaque de la totalité de son rembourrage. ;
* Lala '''souplesse''' : Elleelle dépend des tissus, des bourres et de la manière dont l'ensemble est assemblé. Elle varie dans le temps suivant la manière dont le jaque est utilisé et entretenu (les bourres se tassent à l'usage, les tissus peuvent se resserrer au lavage ou au mouillage, etc.) ;
* Lele '''poids''' : Lesles paramètres sont les mêmes que pour la solidité. Pour le même type de jaque, réalisé avec le même type de matière, le poids est fonction de la solidité. ;
* Lele '''confort''' : Gênegêne dans les mouvements, la chaleur en été (très gros problème), l'étanchéité (un jaque de coton de 10dix kilogrammes peut très bien doubler son poids s’il est mouillé, sans parler du problème du séchage surtout par temps froid). ;
* Ll''''entretien''' : Réparationréparation (en général à la portée de tout soldat), entretien (problème du lavage et surtout du séchage). ;
* Lele '''prix''' : Grossede qualité grossière, les jaques étaient en général d'un prix modéré, ou du moins modéré par rapport à ses concurrents.
 
== Utilisation ==
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Ils furent aussi couramment utilisés en dessous d’une autre défense.
Pour ce faire, ils furent très souvent adaptés.
Par exemple, nous nommons ''cotte à arméearmer'' des jaques légers portés sous une défense métallique, dont le but principal était d’amortir les chocs et de maintenir en place la défense métallique (à l’aide de lacets et boutons cousus sur la cotte). Il pouvait aussi être renforcés par des pièces métalliques cousues (tels les "« goussets" » de mailles des gambisons d'armures dudes {{XVe Sp|XV|et|XVI|s}} et {{XVIe siècle}}s.
 
En fait, à partir d’un certain nombre d’adaptationd’adaptations, les jaques perdaient souvent leurs caractéristiques pour devenir des défenses bâtardes, au vu des classifications actuelles.
Par exemple, on trouvait de nombreuses broignes matelassées intérieurement.
 
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Image:Linothorax.JPG|'''Grèce antique :''' les [[Linothoraxlinothorax]], sontJaques apparusou vers[[broigne]]s laà finbase du15 {{-s-|V|e}}.à Elles30 étaient constituéescouches de couchestissus de lin, entrecollées.se Ellesdiffusent existaientfin aussidu en{{-s-|V}} tant que [[broigne]]s.
Image:Aquilifer 1.jpg|Aquilifer romain en [[subarmalis]].
Image:Tapisserie soldat mannequin.jpg|'''Jaque du {{sS|XI|e}}''' : reconstitution d'après la [[tapisserie de Bayeux]].
Image:Glyphe_ICHCAHUIPILLI_d'apres_le_codex_Xolotl.JPG| Glyphe [[Ichcahuipilliichcahuipilli]] d'après le [[codex]] Xolotl.
Image:Jaque_du_XV_Siècle.jpg|'''Jaque du {{XVe siècle}}''' d'après l'ordonnance de Louis XI concernant les jaques des francs-archers. Cet exemplaire est constitué de 15 couches de lin au lieu des 30 requis par l'ordonnance. Voir l'article [[Jaque européen du XIVe au XVIe siècle]].
Image:Glyphe_ICHCAHUIPILLI_d'apres_le_codex_Xolotl.JPG| Glyphe [[Ichcahuipilli]] d'après le [[codex]] Xolotl.
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==Références==
{{Références}}
 
== Voir aussi ==
 
=== LiensArticles internesconnexes ===
* [[Broigne]] (vêtement de protection cumulant textile et pièces métalliques)
* [[Brigandine]] (armure de plaques rivetées sur du cuir ou du tissu épais)
* [[Armure (équipement)]]
* [[Jaque européen du XIVe au XVIe siècle]]
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=== Liens externes ===
Lien vers des illustrations sur des modèles Micronésiensmicronésiens (Base Joconde du ministère de la Culture).
* [http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr?ACTION=RETROUVER&FIELD_1=Ctyob&VALUE_1=cuirasse&FIELD_2=AUTR&VALUE_2=&FIELD_3=Clieu&VALUE_3=&FIELD_4=REPR&VALUE_4=&FIELD_5=Cdate&VALUE_5=&FIELD_6=Cdecv&VALUE_6=&FIELD_7=Cloc&VALUE_7=&FIELD_8=Mat%e9riaux%20%2f%20Techniques&VALUE_8=&FIELD_9=Titre&VALUE_9=&NUMBER=2&GRP=0&REQ=%28%28cuirasse%29%20%3aDENO%2cDOMN%2cUTIL%2cAPPL%20%29&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=9&SYN=1&IMLY=&MAX1=1&MAX2=250&MAX3=250&DOM=All Protection Textile porté sous la cuirasse].
* [http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr?ACTION=RETROUVER&FIELD_1=Ctyob&VALUE_1=cuirasse&FIELD_2=AUTR&VALUE_2=&FIELD_3=Clieu&VALUE_3=&FIELD_4=REPR&VALUE_4=&FIELD_5=Cdate&VALUE_5=&FIELD_6=Cdecv&VALUE_6=&FIELD_7=Cloc&VALUE_7=&FIELD_8=Mat%e9riaux%20%2f%20Techniques&VALUE_8=&FIELD_9=Titre&VALUE_9=&NUMBER=14&GRP=0&REQ=%28%28cuirasse%29%20%3aDENO%2cDOMN%2cUTIL%2cAPPL%20%29&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=9&SYN=1&IMLY=&MAX1=1&MAX2=250&MAX3=250&DOM=All Cuirasse (plumes tressé ?)].
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